En quittant les falaises du Boël et les coteaux boisés de Saint-Senoux, la vallée de la Vilaine s'ouvre progressivement sur des paysages plus vastes. La rivière ralentit encore son cours, dessinant de larges boucles au milieu des prairies humides, des terres agricoles et des petits bois qui composent ce bocage breton si caractéristique. La route touristique invite désormais à explorer un territoire où l'eau et les hommes ont appris, au fil des siècles, à vivre en parfaite harmonie.
La première halte conduit naturellement à Bourg-des-Comptes, un village qui domine les rives de la Vilaine depuis plusieurs siècles. Son patrimoine discret se découvre au détour des ruelles, entre maisons de caractère, jardins fleuris et édifices de granit qui témoignent de la prospérité passée de cette commune rurale. Depuis les hauteurs, plusieurs points de vue permettent d'admirer les méandres de la rivière qui serpentent doucement entre les prairies. Au lever du soleil, lorsque la brume s'élève lentement au-dessus de l'eau, le paysage prend une dimension presque irréelle.
Quelques kilomètres plus loin, la route rejoint Pléchâtel, autre étape incontournable de la vallée. Ici, la Vilaine retrouve toute sa vocation de rivière navigable. Les berges paisibles, bordées d'arbres centenaires, invitent à la promenade tandis que les chemins de halage offrent de magnifiques itinéraires aux marcheurs et aux cyclistes. Chaque détour révèle une écluse, un ancien quai ou un petit embarcadère qui rappelle l'intense activité fluviale ayant animé ces lieux durant plusieurs siècles.
Le patrimoine industriel apparaît également au détour du parcours. Les anciens moulins, autrefois alimentés par la force de l'eau, évoquent une époque où chaque village vivait au rythme de la rivière. Les roues ont cessé de tourner, mais les bâtiments demeurent, transformés parfois en habitations ou restaurés avec passion par leurs propriétaires. Ils constituent aujourd'hui un témoignage précieux de l'ingéniosité des générations passées.
Puis vient l'un des sites les plus spectaculaires de tout l'itinéraire : les Corbinières. Dès l'approche, le paysage change d'échelle. Les reliefs se resserrent autour de la Vilaine qui s'enfonce dans une vallée encaissée dominée par d'impressionnantes falaises de schiste. Ce décor sauvage tranche avec la douceur des prairies traversées quelques kilomètres auparavant. Ici, la nature semble reprendre pleinement ses droits.
Les amateurs de randonnée connaissent bien ce secteur, traversé par plusieurs sentiers qui permettent d'accéder à des panoramas exceptionnels. À mesure que l'on gagne les hauteurs, la vue s'élargit sur les méandres de la Vilaine, les forêts environnantes et les falaises abruptes dont les couleurs varient au gré de la lumière.
Mais les Corbinières sont également célèbres pour leur remarquable patrimoine ferroviaire. L'ancien viaduc des Corbinières, construit au XIXᵉ siècle pour la ligne reliant Rennes à Redon, demeure l'un des ouvrages d'art les plus impressionnants de la vallée. Ses arches élégantes s'intègrent parfaitement au paysage et rappellent les grandes heures du développement ferroviaire breton. À proximité, les vestiges des anciens tunnels ferroviaires, aujourd'hui reconvertis en itinéraires de promenade, ajoutent une touche insolite à la découverte du site.
Cette ancienne voie ferrée est devenue un véritable paradis pour les randonneurs. Le parcours alterne passages en forêt, traversées de tunnels, belvédères naturels et points de vue plongeants sur la rivière. L'ombre des grands chênes, le parfum des fougères et le chant des oiseaux accompagnent le promeneur dans une atmosphère presque hors du temps. Les photographes apprécient particulièrement cet endroit à la fin de la journée. Lorsque le soleil décline, les falaises prennent des teintes rouges et dorées tandis que les arches du viaduc se détachent avec élégance sur le ciel breton. Les reflets dans les eaux paisibles de la Vilaine composent alors des tableaux dont on se souvient longtemps.
En poursuivant vers le sud, la vallée s'élargit à nouveau jusqu'à Guipry-Messac, véritable capitale du tourisme fluvial sur cette partie de la Vilaine. Depuis le Moyen Âge, cette cité occupe une position stratégique sur les rives de la rivière. Le port, autrefois animé par le commerce du bois, des céréales, du vin, du sel et des matériaux de construction, accueille aujourd'hui les bateaux de plaisance venus parcourir le réseau navigable breton.
L'atmosphère qui règne sur les quais est particulièrement agréable. Les terrasses de café s'animent dès les beaux jours, les plaisanciers préparent leur prochaine étape tandis que les promeneurs profitent des berges soigneusement aménagées. Les anciennes maisons de négociants rappellent la prospérité commerciale qui fit la renommée de Guipry-Messac pendant plusieurs siècles.
La rivière devient ici un formidable terrain de loisirs. Croisières fluviales, location de bateaux sans permis, canoë-kayak, paddle ou simples balades le long des berges permettent de découvrir la vallée sous un angle différent. Observer les paysages depuis la surface de l'eau procure une sensation incomparable de sérénité. Les arbres semblent se pencher au-dessus de la rivière, les oiseaux accompagnent silencieusement l'embarcation et chaque écluse constitue un petit spectacle apprécié des voyageurs.
Les amoureux du patrimoine remarqueront également les nombreuses écluses qui jalonnent le parcours. Véritables chefs-d'œuvre d'ingénierie du XIXᵉ siècle, elles permettent encore aujourd'hui aux bateaux de franchir les différences de niveau tout au long de la rivière. Leur fonctionnement, quasiment inchangé depuis leur construction, fascine toujours les visiteurs.
À mesure que l'on approche de Redon, le paysage prend une dimension plus monumentale. La Vilaine s'élargit, les canaux se rejoignent et l'on comprend rapidement pourquoi cette cité est devenue, au fil des siècles, l'un des plus importants carrefours fluviaux de Bretagne. Fondée autour de son abbaye bénédictine au IXᵉ siècle, Redon doit une grande partie de son développement à la rivière. Les échanges commerciaux, la batellerie et les activités artisanales ont profondément marqué son identité. Aujourd'hui encore, son port de plaisance demeure l'un des plus vivants de Bretagne intérieure.
Flâner dans les rues pavées de la vieille ville constitue une magnifique conclusion à cette partie du voyage. Les façades à pans de bois côtoient les élégantes demeures de granit, les placettes accueillent marchés et terrasses, tandis que les quais invitent à prolonger la promenade au bord de l'eau.
Cette succession de villages, de falaises, de viaducs, d'écluses et de ports compose l'une des plus belles sections de la vallée de la Vilaine. Elle révèle toute la diversité d'un territoire où le patrimoine industriel, les paysages naturels et les traditions fluviales s'entremêlent avec une remarquable harmonie. Plus qu'un simple itinéraire touristique, cette route devient une véritable invitation à comprendre comment une rivière a façonné, siècle après siècle, les paysages, l'économie et l'identité d'une grande partie de la Bretagne.
Retrouvez le parcours détaillé de ce circuit sur notre page : la route touristique de la "Vallée de la Vilaine" : une invitation à suivre le cours d'une rivière entre nature, histoire et villages de caractère !