Une terre née de l’argile et du feu
Dès les premiers kilomètres, la Puisaye révèle son identité. Les routes serpentent entre des bois épais, des champs entourés de haies, des étangs où se reflètent les nuages bourguignons. La nature semble ici avoir conservé son rythme ancestral. Le silence n’est interrompu que par le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles ou le passage d’un tracteur au loin. Mais sous cette campagne paisible se cache une richesse géologique exceptionnelle.
Depuis des siècles, les habitants ont appris à tirer parti des trésors enfouis sous leurs pieds. L’argile abondante, associée aux vastes ressources forestières nécessaires à l’alimentation des fours, a permis le développement d’une importante activité potière. Les ocres naturelles, quant à elles, ont donné naissance à de magnifiques décors peints qui ornent encore aujourd’hui de nombreuses églises et bâtiments anciens. La Route de la Terre et de l’Ocre est avant tout le récit de cette relation intime entre l’homme et son environnement. Ici, la terre n’est pas seulement un paysage. Elle est devenue une culture. L’aventure débute idéalement à Auxerre.
Auxerre, élégante porte d’entrée vers la Puisaye
Avant de rejoindre les chemins plus confidentiels de la Puisaye, il faut prendre le temps de flâner dans la capitale historique de l’Yonne. Votre escapade touristique débutera à quelques kilomètres des vignes de Chablis, La ville d'art et d'histoire d'Auxerre est une destination à explorer et à savourer sans modération... Les ruelles médiévales bordées de maisons à pans de bois, les façades Renaissance, les places ombragées et les quais de l’Yonne offrent une première immersion dans l’art de vivre bourguignon.
La ville possède ce charme rare des cités qui ont traversé les siècles sans perdre leur âme. En levant les yeux, on découvre la silhouette majestueuse de la cathédrale Saint-Étienne. En se perdant dans les rues anciennes, on croise des cours secrètes, des hôtels particuliers et des commerces de caractère. Les rues tortueuses d'Auxerre et son riche patrimoine font de la capitale de la basse-Bourgogne une ville d'art et d'histoire captivante a explorer pendant vos vacances. Puis vient le moment de quitter la ville. Les paysages s’ouvrent progressivement. La route pénètre alors dans un autre monde.
Sortez d'Auxerre vers Laduz via la D31 (16 km ) pour visitez le Musée des Arts Populaires. Les collections présentées sont le fruit de 30 années à sauver et étudier les derniers témoignages de l'artisanat rural ainsi que la quête d'objets insolites de la création populaire. Une collection impressionnante d'objets qui témoignent de la vie quotidienne du XVIIIe au début du XXe siècle.
Dans un site très agréable, on découvre une multitude de vieux outils. Consacrez environ deux heures à ce remarquable musée où vous y découvrirez des outils de divers métiers du siècle dernier en parfait état et puis beaucoup de jouets anciens dont des chevaux de bois destinés aux manèges de votre jeunesse.
Continuez vers La-Ferté-Loupière via la D145 (31 km).
La Ferté-Loupière et le mystère de la Danse Macabre
Parmi les premières émotions du voyage figure sans conteste la découverte de La Ferté-Loupière. Ce village paisible cache l’un des trésors les plus étonnants de Bourgogne. Son église Saint-Germain renferme une œuvre exceptionnelle : une immense Danse Macabre peinte à la fin du Moyen Âge. Longue de plusieurs dizaines de mètres, cette fresque compte parmi les très rares représentations de ce thème encore visibles en France.
L'Eglise Saint-Germain est construite à l’est du village, en bordure des anciens fossés qui le protégeaient. L’église Saint-Germain fut construite à la fin du XVe siècle sur les vestiges d’un premier édifice datant du XIIe dont subsistent le portail roman ainsi que les piliers de la nef. Lorsque l’on pénètre dans l’édifice, la lumière tamisée crée immédiatement une atmosphère particulière. Avancez dans le chœur jusqu’à la chapelle de gauche pour admirer cet escalier en vis qui date du XVe siècle. Mais ce qui est le plus remarquable dans cette église ce sont ses exceptionnelles peintures murales.
Cette représentation murale montre trois jeunes gentilshommes interpellés dans un cimetière par trois morts qui leur rappellent la brièveté de la vie et l'importance du salut de leur âme. Les quatre peintures remontent à la fin du XVe siècle et au XVIe siècle. La Danse Macabre se développe sur 25 mètres de long et met en scène 42 personnages. Le souci du détail a guidé l’artiste. L’expression des visages reflète la peur des Vivants face à leur mort grimaçante. Les personnages semblent surgir des murs. Nobles, religieux, bourgeois ou paysans sont entraînés dans une même ronde par la mort, rappelant que tous les hommes sont égaux face au destin.
Au-delà de sa dimension religieuse, cette fresque constitue un témoignage fascinant sur les mentalités de la fin du Moyen Âge. La rareté du thème, on ne dénombre que six danses macabres en France et la qualité de l’œuvre font de l'église de la Ferté un des attraits majeurs de la région. On ressort de cette visite impressionné, ému, avec le sentiment d’avoir découvert un secret bien gardé.
Après avoir admirer cette magnifique peinture, prenez la direction du Musée d'Art et d'Histoire de Puisaye à Villiers-Saint-Benoît via la D3 (48 km).
Villiers-Saint-Benoît, mémoire vivante de la Puisaye
Le Musée se trouve dans une belle demeure bourgeoise du XVIIe siècle. La surprise est là, dès le portail franchi, les reconstitutions de lieux de vie régionaux côtoient céramiques, faïences anciennes et œuvres modernes. Vous pourrez également y admirer les expositions temporaires ou participer aux ateliers de modelage, dessin et peinture pour petits et grands.
Les collections racontent la vie quotidienne des générations passées. Objets domestiques, outils agricoles, céramiques, faïences et témoignages artisanaux composent un portrait sensible de la Puisaye d’autrefois. Le visiteur découvre alors combien les activités liées à la terre ont façonné les modes de vie locaux. Chaque objet raconte une histoire. Chaque salle évoque un savoir-faire transmis de génération en génération. On comprend progressivement que cette région ne se résume pas à ses paysages. Elle possède une véritable âme culturelle.
Le Musée d’art et d’histoire de Puisaye a voulu faire de cet espace et des objets présentés et mis en scène, autant de témoignages "de la vie de centaines de milliers de personnes sur des siècles".
Poursuivez vers Toucy par la D950 pour visiter la Galerie de l'Ancienne Poste (57 km) devenue un haut-lieu de la céramique contemporaine en France.
Toucy, capitale contemporaine de la céramique
À Toucy, la tradition potière dialogue avec la création actuelle. La Galerie de l’Ancienne Poste est devenue au fil du temps l’un des hauts lieux français de la céramique contemporaine. Située dans un hôtel particulier du XVIIe siècle, la Galerie de l'Ancienne Poste vous fera découvrir des artistes de talent. Dans ce cadre sont présentées toute l’année des expositions de pièces uniques de céramiques contemporaines, en hommage à la grande tradition potière de la Puisaye. A l'image d'une discipline en constante évolution, la programmation se renouvelle sans cesse en invitant des céramistes de renom à exposer leurs dernières créations.
Les œuvres exposées surprennent souvent. Certaines prolongent les traditions ancestrales de la Puisaye. D’autres explorent des formes résolument contemporaines. Toutes témoignent cependant d’une même fascination pour la matière. Observer une pièce de céramique, c’est contempler la rencontre entre la terre, l’eau, l’air et le feu. Cette alchimie fascinante accompagne le voyage tout au long de l’itinéraire.
Le parcours touristiques de cette route de la Terre et l'ocre de puisaye, vous emmène à présent vers l'église Saint-Pierre de Moutiers-en-Puisaye via la D955 (76 km).
Moutiers-en-Puisaye, là où les murs racontent des siècles d’histoire
La Puisaye réserve parfois des surprises inattendues. À Moutiers-en-Puisaye, l’église Saint-Pierre en offre un magnifique exemple. L'église actuelle est d'architecture romane, elle est remarquable par ses fresques intérieures médiévales. Des peintures murales médiévales réalisées entre le XIIe et le XVe siècle. Ses 200 mètres carrés de peintures murales représentent un des ensembles de fresques parmi les plus importants de la région administrative de Bourgogne. Les fresques murales ont été découvertes en 1982 sous une couche de badigeon et restaurées pendant plus de dix ans par un restaurateur japonais, M. Isao Takahashi.
Les couleurs, préservées malgré les siècles, émerveillent immédiatement. Les scènes religieuses se succèdent sur les murs et les voûtes. Le regard voyage entre les détails des personnages, les motifs décoratifs et les nuances des pigments naturels. Ici encore, l’ocre joue un rôle essentiel. Cette matière extraite du sol local a contribué à créer ces œuvres qui traversent aujourd’hui les siècles.
Restez sur Moutiers-en-Puisaye pour vous rendre à la Poterie de la Bâtisse, chère à l’écrivain Colette, propose de redécouvrir, l’atmosphère authentique d’un vieil atelier potier en activité.
La Poterie de la Bâtisse, immersion dans un savoir-faire ancestral
Impossible de parcourir la Route de la Terre et de l’Ocre sans s’arrêter à la Poterie de la Bâtisse. Ce lieu emblématique résume à lui seul toute l’histoire artisanale de la Puisaye. Fondée au XIIIème siècle, la Poterie de la Bâtisse a su garder son âme à travers les siècles et les générations de potiers qui s’y sont succédé.
Cet atelier a conservé son caractère authentique. Le visiteur découvre un univers où le temps semble suspendu. L’odeur de la terre humide se mêle à celle du bois ancien. Les outils portent les traces de générations de potiers. Le regard est rapidement attiré par l’impressionnant four couché du XVIIIe siècle, classé monument historique. On imagine alors l’activité qui régnait autrefois dans cet atelier. Les gestes précis des artisans. La chaleur intense des cuissons. L’attente fébrile avant l’ouverture du four. Aujourd’hui encore, démonstrations, visites et ateliers permettent de comprendre toute la richesse de ce patrimoine vivant.
Atelier-musée vivant, lieu chargé d'histoire et de savoir-faire grâce à son four couché où l'on pouvait cuire jusqu'à 5 000 pièces. Aujourd’hui, ce lieu chargé d’histoire et de savoir-faire propose des visites guidées, individuelles ou en groupe, des ateliers de poterie pour enfants et des stages de formation pour adultes.
Prolongez votre circuit vers Saint-Amand-en-puisaye (dans la Nièvre) via la D955 (90 km) pour une escapade jusqu’au Musée de la Céramique, pour les amateurs de grès anciens de Puisaye.
Saint-Amand-en-Puisaye, royaume du grès
La route franchit brièvement les limites de l’Yonne pour rejoindre Saint-Amand-en-Puisaye, dans la Nièvre voisine. Pour les amateurs de céramique, cette étape est incontournable. Le Musée de la Céramique est sSitué dans une forteresse médiévale embellie à la Renaissance, à quatre tours d'angle, deux autres tours défendent le pont dominé par un donjon datant du début du XVIIe siècle. Le Musée de la Céramique présente plusieurs siècles de production régionale et permet de mieux comprendre l’importance économique et artistique du grès de Puisaye. Les formes, les couleurs et les techniques évoluent au fil des salles. Certaines pièces témoignent d’un usage quotidien. D’autres révèlent un véritable raffinement artistique. Toutes racontent l’histoire d’un territoire intimement lié à sa matière première.
Revenez sur vos pas puis via la D1 prenez la direction de Treigny. À Treigny, découvrez le château de Ratilly, via la 966 et D151 (100 km).
Ratilly, quand un château devient un laboratoire artistique
Niché dans la campagne icaunaise sur la commune de Treigny, ce château du XIIIème siècle est ouvert toute l'année au public, mais il s'anime particulièrement au printemps et durant tout l'été avec un programme de stages, de concerts et de grandes expositions de peinture contemporaine.
Le château de Ratilly a été la propriété de Jeanne et Norbert Pierlot en 1951. Ils deviennent en quelques années les maîtres d’œuvre d’un atelier de poterie dont les formes utilitaires et les pièces uniques vont prendre une large part dans le grand renouveau de la production de grès qui atteindra son apogée dans les années 70. Explorez les lieux, notamment le colombier avec sa magnifique charpente. Et si tout cela vous semble étrangement connu, c'est que Ratilly sert de modèle au chantier voisin de Guédelon...
Expositions, concerts, résidences et activités culturelles s’y succèdent dans un cadre exceptionnel. Les anciennes pierres accueillent désormais artistes, céramistes et visiteurs venus chercher l’inspiration. La rencontre entre patrimoine médiéval et création contemporaine fonctionne ici à merveille. Chaque visite devient une expérience culturelle complète.
Guédelon, le rêve médiéval devenu réalité
À quelques kilomètres de là se trouve l’un des sites les plus fascinants de France : le chantier médiéval de Guédelon. Même s’il n’appartient pas directement à la Route de la Terre et de l’Ocre, il en partage pleinement l’esprit. Depuis plus de vingt ans, artisans, tailleurs de pierre, charpentiers et forgerons construisent un château fort avec les techniques du XIIIe siècle. Observer les bâtisseurs à l’œuvre est une expérience unique.
Le visiteur comprend concrètement comment travaillaient les hommes du Moyen Âge. Le lien avec la Route de la Terre et de l’Ocre apparaît alors évident. Dans les deux cas, il s’agit de transmettre des savoir-faire anciens et de maintenir vivante une mémoire artisanale.
Pour finir votre parcours, prenez la direction de Lain en continuant sur la D955, puis la D85 (119 km) pour découvrir le nouveau lieu investi par l'Association des Potiers Créateurs de Puisaye au Pieuré Lain où sont présentées leurs pièces uniques et les œuvres de leurs invités. L’été, des animations sont au programme, des démonstrations de techniques, des conférences.
Le Couvent de Treigny est un ancien couvent du XV-XVIème Siècle. réhabilité en lieu d’exposition dédié à la céramique contemporaine, ouvert chaque année de fin mars à novembre : 3 expositions successives au Couvent, un Festival de céramique le second WE d’août, stages, ateliers modelage…
Retour sur Auxerre via D85 et N151 (152 km).