Au fil de près de 230 kilomètres, cette route touristique entraîne le voyageur de Sens jusqu’à l’abbaye de Fontenay, dans un décor de collines douces, de rivières paisibles, de vignobles réputés et de pierres blondes baignées de lumière. C’est un itinéraire qui parle autant aux amoureux d’histoire qu’aux contemplatifs, aux passionnés de patrimoine qu’aux voyageurs en quête d’émotions simples et authentiques.
Sens, porte d’entrée d’un voyage hors du temps
Tout commence à Sens, ancienne cité gallo-romaine et ville d’art discrète aux portes de la Bourgogne. Avant même de prendre la route, la ville mérite quelques heures d’exploration.
Dans les rues anciennes, les façades à colombages côtoient les hôtels particuliers. La majestueuse cathédrale Saint-Étienne, l’une des premières cathédrales gothiques de France, impose sa silhouette au-dessus des toits de tuiles brunes. Très tôt le matin, lorsque les cloches résonnent encore dans les ruelles presque vides, l’atmosphère possède quelque chose d’intemporel.
Puis la route s’échappe vers le sud-est. Peu à peu, la ville disparaît derrière les champs et les bosquets. La circulation devient rare. Les paysages s’ouvrent sur les vallons boisés de l’Yonne. La Bourgogne monastique commence déjà à dévoiler son visage. Sortez de sens par la D660 et prenez la direction de l'Abbaye de Vauluisant (26 km) à proximité de Courgenay.
Vauluisant, l’élégance cachée dans la vallée
Nichée entre la forêt d’Othe et la forêt de Lancy, l’abbaye de Vauluisant apparaît presque par surprise. Le lieu possède cette beauté silencieuse propre aux anciens sites cisterciens : rien d’ostentatoire, tout est équilibre, harmonie et simplicité. L'ancienne abbaye de Vauluisant, était un monastère de moines cisterciens, fondé en 1127 par des moines de Preuilly (Égligny). L’abbaye fut longtemps un centre spirituel et agricole prospère. Aujourd’hui encore, le visiteur ressent immédiatement la sérénité des lieux.
Le parc à l’anglaise invite à la promenade. Les arbres centenaires filtrent la lumière. L’eau glisse doucement entre les anciens réseaux hydrauliques imaginés par les moines. Dans l’air flotte parfois l’odeur humide de la mousse et des feuillages. Dans ce joli parc à l'anglaise et arboré de plus de 7 hectares, le visiteur d'aujourd'hui y découvre de nombreuses pièces, telles que la chapelle, la superbe grange en vaisseau, le bâtiment d'accueil créé pour François Ier ou encore la maison bourgeoise. Dans le très beau parc, aux arbres centenaires, traversé par la rivière Alain, remarquer l'ingénieux réseau hydraulique de l’abbaye, le jardin romantique créé au XIXe siècle.
La grande grange en forme de vaisseau impressionne par ses dimensions. À l’intérieur, la charpente semble presque flotter au-dessus des visiteurs comme la coque renversée d’un immense navire de bois. Ici, le patrimoine n’est pas figé. Concerts, expositions et festivals continuent de faire vivre l’abbaye au fil des saisons. Cette alliance entre histoire et culture contemporaine donne au lieu une âme singulière. En effet, l'association des Résonances de Vauluisant anime le site par un festival annuel de musique, des conférences, des expositions... Des visites commentées se déroulent les dimanches, jours fériés et journées européennes du patrimoine de mi-avril à fin octobre à 14h30 et 16h30.
Revenez sur vos pas, puis sur votre gauche prenez la direction de Saint-Florentin via la D141 et D 84 pour visiter La Grange de Crécy (65 km).
Les granges cisterciennes, mémoire du travail des moines
La route des abbayes ne raconte pas seulement la spiritualité médiévale. Elle raconte aussi le travail. Les cisterciens étaient des bâtisseurs, des agriculteurs, des ingénieurs et des défricheurs. Leur devise — “ora et labora”, prie et travaille — façonna durablement les paysages bourguignons. En rejoignant la Grange de Crécy, près de Saint-Florentin, le voyageur découvre cet autre visage du monde monastique. Acquise en 1138 par les moines de Pontigny, cette exploitation agricole a traversé les siècles sans jamais interrompre son activité. Après bien des vicissitudes et des épreuves, elle a traversé les siècles pour témoigner aujourd'hui.
Deux bâtiments moyenâgeux retracent son histoire : la chapelle peu commune dans une grange cistercienne ouvre vers l'est. Sa structure et la forme des fenêtres datent vraisemblablement de la fin du XIIe siècle., sa jolie charpente en forme de coque de bateau renversé, du XVe siècle. La petite chapelle intégrée au domaine rappelle que, chez les cisterciens, la foi et le quotidien ne faisaient qu’un. Même les bâtiments agricoles portent une forme de noblesse discrète.
Le second bâtiment, de dimensions importantes, orienté nord/sud, possède des ouvertures caractéristiques de type gothique (visible de l'extérieur). Ces deux bâtiments sont actuellement intégrés dans la ferme de Crécy ainsi que d'autres constructions édifiées plus tardivement. À travers ces granges, on comprend combien les moines ont transformé la Bourgogne. Ils ont asséché des marécages, créé des réseaux hydrauliques sophistiqués, développé la viticulture, organisé les terres avec une précision remarquable. Le paysage bourguignon actuel leur doit énormément.
Continuez votre escapade historique en direction de l'Eglise abbatiale de Pontigny via la D78 (76 km).
Pontigny, le choc de la lumière et de la pierre
Puis vient Pontigny. Et soudain, tout change d’échelle. Au milieu de la vallée du Serein surgit l’une des plus grandes abbatiales cisterciennes d’Europe. Immense, austère, parfaitement équilibrée, l’église de Pontigny provoque une émotion immédiate. La pierre claire semble capter chaque variation du ciel bourguignon. À l’intérieur, la lumière descend doucement des hautes fenêtres et glisse sur les colonnes élancées. Aucun excès décoratif. Aucun ornement inutile. Seulement la pureté des lignes. C’est précisément cela qui bouleverse.
Fondée en 1114, Pontigny fut la deuxième fille de Cîteaux. Très vite, l’abbaye devint un centre intellectuel et spirituel majeur. Des archevêques en exil y trouvèrent refuge. Des théologiens y étudièrent. Des générations de moines y vécurent dans une discipline rigoureuse. Aujourd’hui encore, malgré les siècles, le lieu conserve une puissance presque intacte. Lorsque le silence s’installe dans la nef, on entend parfois seulement le froissement d’un vêtement, un pas discret, le souffle du vent à travers les ouvertures. Peu d’endroits donnent une impression aussi forte de paix intérieure.
Sa célébrité est due à la fois à son rang au sein de l’Ordre, au prestige de ses protecteurs, de ses hôtes de marque et de ses abbés, à l’importance de sa communauté et de ses possessions, et à la richesse patrimoniale de sa bibliothèque et de son architecture. En revanche, elle est dotée d'une filiation relativement modeste. Abbatiale de Pontigny est l'un des plus beaux exemples d'églises cisterciennes que l'on puisse admirer en France. Rarement la noblesse, la pureté, l'élan de l'architecture cistercienne n'ont atteint une telle perfection
Autour de l’abbatiale, les anciens bâtiments monastiques et les jardins prolongent cette sensation de calme profond. Pontigny n’est pas seulement une visite. C’est une expérience.
Entre vallées et vignobles, la Bourgogne se dévoile
Après Pontigny, la route devient plus douce encore. Les collines ondulent lentement. Les champs de céréales alternent avec les vignes. Les villages semblent posés délicatement dans les vallons. On comprend alors pourquoi les cisterciens choisirent cette région. La Bourgogne possède quelque chose d’équilibré, de paisible et d’harmonieux. Rien n’y est spectaculaire au sens brutal du terme. La beauté s’y révèle lentement, dans les détails : une lumière dorée sur un mur de pierre, un clocher au loin, un chemin bordé de haies, le reflet d’un arbre dans une rivière tranquille.
La prochaine étape de la route touristique sera La Grange de Beauvais via la D8 et N77 (78 km). A Venouse, la Grange cistercienne de Beauvais domine ainsi la vallée du Serein dans un décor magnifique. Elle offre un panorama splendide sur la vallée. De vocation agricole, elle a été construite à partir de 1237 et servait à alimenter l'abbaye voisine de Pontigny. Le site fut exploité par des frères convers jusqu'au XIVe siècle., puis par des fermiers jusqu'à la Révolution. Elle rappelle encore une fois l’organisation impressionnante des réseaux monastiques médiévaux. L'Association "la Grange de Beauvais" restaure, aménage la ferme cistercienne et anime le site. La Grange de Beauvais est un espace de ressources partagés ouvert à tous autour de 4 projets : architectural, Culturel, Jardin Naturel et un atelier de fabrication numérique.
Puis la route rejoint Chablis. Suivez la D8 et D91 en direction de Chablis (95 km).
Chablis, quand le vin rencontre l’histoire monastique
Impossible d’évoquer les cisterciens sans parler du vin. Les moines bourguignons furent parmi les premiers grands organisateurs du vignoble régional. Ils observèrent les sols, sélectionnèrent les parcelles, développèrent les techniques viticoles avec une patience infinie. À Chablis, cette histoire devient tangible. Nous vous conseillons de prendre le temps de visiter la cité de Chablis, porte d’or de la Bourgogne. La petite cité viticole possède un charme immédiat : ruelles anciennes, caves fraîches, terrasses animées, odeur des tonneaux et des pierres chauffées par le soleil.
Prenez le temps de vous arrêter au Petit Pontigny. Ancienne dépendance de l’Abbaye de Pontigny dont il reste un cellier à huit travées voûtées d’arête. (Ne se visite pas). Les religieux de l’abbaye de Pontigny, située à une quinzaine de kilomètres, s’installent à Chablis dès 1118. Le Petit Pontigny rappelle les liens étroits entre les moines et le commerce du vin. Les vastes celliers témoignent encore de cette prospérité médiévale.
Le Petit-Pontigny est aujourd’hui le centre des festivités de Chablis et du vignoble. Le cellier médiéval reste la seule bâtisse d’origine de cette propriété acquise par l’abbaye de Pontigny en 1743, leurs premiers bâtiments situés en face du prieuré Saint-Cosme ayant brûlé en 1568 lors du pillage par les Protestants. Un beau pressoir à abattage est exposé, sous abri, dans la cour d’honneur et siège du Bureau Interprofessionnel des Vins de Chablis.
Prendre le temps de déguster un verre de Chablis après la visite devient presque une évidence. Le vin ici possède cette minéralité célèbre qui semble raconter les terres calcaires de Bourgogne. Frais, vif et élégant, il accompagne parfaitement une pause gourmande sur une terrasse ombragée. Et c’est aussi cela, cette route : un dialogue permanent entre patrimoine, paysages et plaisirs des sens.
Après vos flanerie dans Chablis, continuez sur la D91 vers L'Abbaye de Reigny (119 km). L’abbaye de Reigny apparaît dans un écrin de verdure, au bord de la rivière Cure. Le lieu semble caché au monde.
Reigny, l’abbaye secrète au bord de la Cure
L'abbaye de Reigny est une ancienne abbaye cistercienne située sur un domaine de 14 hectares en bord de la Cure, entre Vermenton et Lucy-sur-Cure. Reigny fut édifiée est sur un ancien site gallo-romain.
Abbaye de Reigny fut au Moyen-âge, très puissante et prospère et accueillit jusqu'à 300 moines et convers. Sa puissance était immense. L'édifice garde de son prestigieux passé de très intéressants vestiges, dont l'exceptionnel réfectoire cistercien du XIVe siècle, la salle et le dortoir des moines réaménagés au XVIIIe siècle et richement meublés. Aujourd’hui, l’atmosphère est plus intime, presque confidentielle. Le grand réfectoire cistercien du XIVe siècle impressionne immédiatement par ses volumes. Les salles richement aménagées témoignent de l’évolution des goûts au fil des siècles.
Mais ce qui marque le plus à Reigny, c’est probablement le parc. La particularité de ce parc réside dans son système hydraulique très perfectionné : un système de digues et de canaux a été construit pour permettre l’irrigation du parc. Les canaux, les digues et les systèmes hydrauliques conçus par les moines forment encore un paysage étonnamment moderne. Tout ici rappelle l’ingéniosité des cisterciens dans leur relation à l’eau et à la nature.
En été, les arbres se reflètent dans les bassins calmes. Les oiseaux chantent dans les feuillages. Le temps semble suspendu. Les visiteurs qui choisissent d’y passer une nuit en chambre d’hôtes découvrent souvent le meilleur moment : le soir, lorsque les derniers visiteurs sont partis et que l’abbaye retrouve son silence originel. Les propriétaires et l'association des amis de l'abbaye mettent en oeuvre des initiatives originales pour conserver le lieux dans son état original.
Remontez vers Tonnerre via la D944, La cité de Tonnerre mérite votre attention, puis direction l'Abbaye Notre Dame de Quincy à Marmagne pour visitez une abbaye du XIIe siècle. qui a conservé toute son authenticité.
Le Tonnerrois, entre patrimoine et douceur rurale
En poursuivant vers Tonnerre, la route traverse l’un des territoires les plus attachants de Bourgogne. Le Tonnerrois possède une élégance discrète. Ici, pas de tourisme tapageur. Les villages vivent paisiblement entre collines, rivières et vignobles. Tonnerre mérite une halte prolongée. Son patrimoine remarquable, ses hôtels particuliers et sa célèbre Fosse Dionne donnent à la ville un caractère mystérieux et raffiné. Puis vient l’abbaye Notre-Dame de Quincy.
Dans un vallon retiré du Tonnerrois, l’abbaye cistercienne Notre-Dame de Quincy près de Tanlay surprend par son excellente conservation. Vous pourrez déambuler dans l’hostellerie, une partie des bâtiments claustraux des XIIe et XVe siècle., le logis abbatial Renaissance. La visite possède quelque chose de profondément apaisant. On avance lentement sous les voûtes anciennes. Les pierres blondes diffusent une lumière chaude. Les jardins invitent à s’attarder. Avant de repartir, nombreux sont les voyageurs qui emportent quelques produits monastiques ou artisanaux, comme un prolongement du voyage. Les bâtiments claustraux, l’hostellerie et le logis Renaissance composent un ensemble d’une grande harmonie.
Poursuivez le parcours touristique vers le Prieuré de Vausse via la D118 (203 km) une apparition pleine de charme, situé dans la forêt Saint-Jean, sur la commune de Châtel-Gérard.
Vausse, le charme absolu d’un prieuré oublié
Le prieuré de Vausse fait partie de ces lieux que l’on n’oublie jamais. Au détour d’une route forestière, au cœur de la forêt Saint-Jean, apparaît soudain cette merveille discrète entourée de verdure. Il a été fondé au début du XIIIe siècle par Anséric de Montréal et dépendait de l'abbaye du Val des Choues. Protégé par les seigneurs de Montréal puis par les ducs de Bourgogne, il reçut de nombreuses donations et a bénéficié d'une grande prospérité jusqu'au XVe siècle. À la Révolution, le prieuré a été vendu et transformé en faïencerie. En 1835, il vit naître Ernest Petit, qui deviendra historien de la Bourgogne et qui fera du prieuré son cabinet de travail. On visite la chapelle du XIVe s., le four à faïence, le cloître d'une rustique élégance encadrant un charmant jardin de curé.
Le cloître rustique, la chapelle gothique, le jardin de curé et l’ancien four à faïence composent un décor presque romanesque. L’endroit possède une douceur rare. On imagine facilement les moines vivant ici à l’écart du monde, au rythme des saisons et des offices. Même aujourd’hui, le silence demeure omniprésent. En été, les fleurs envahissent les jardins. Les pierres chauffent lentement au soleil. Une légère odeur de terre humide et de végétation flotte dans l’air. Le prieuré de Vausse représente parfaitement l’esprit de cette route touristique : des lieux profondément humains, jamais écrasants, où l’histoire reste accessible et sensible.
Pour finir votre escapade, petit incursion en Côte d'or pour admirer l'Abbaye de Fontenay via la D905 et D68 (229 km).
Fontenay, l’apothéose cistercienne
Et puis vient Fontenay, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, l’abbaye de Fontenay constitue l’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’art cistercien en Europe. Le site est exceptionnel, blottie dans un vallon préservé, entourée de forêts, l’abbaye semble avoir traversé les siècles sans jamais perdre son âme. Joyau cistercien de la Bourgogne du Nord, l'abbaye de Fontenay doit sa conservation exceptionnelle à l'isolement de son vallon verdoyant. Superbe lieu de visite et de ressourcement, l'abbaye inspire de nombreux tournages de cinéma et des soirées musicales.
L'abbaye de Fontenay est probablement la plus belle abbaye cistercienne entièrement conservée en France et c'est l'une des merveilles de la Bourgogne. L'ensemble, dont la fondation par l'abbaye-mère de Cîteaux remonte à 1118, est remarquable par son harmonie, sa simplicité et son dépouillement, caractéristiques de l'art cistercien. On peut y visiter la Salle capitulaire, le Scriptorium, le Dortoir des Moines et le bâtiment admirable de la Forge. L'église abbatiale est elle aussi un chef-d'œuvre de l'art cistercien, illustrant parfaitement son caractère austère. Sa nef sous berceau brisé et son chœur à chevet plat sont les éléments propres aux églises cisterciennes.
Jardin d’agrément à la Française, classé Jardin Remarquable. L’Abbaye de Fontenay est immergée dans un vallon classé et entièrement préservé. Les sentiers pédestres invitent à de nombreuses promenades dans la forêt de hêtres et de frênes. A moins d’une demi-heure de marche, le visiteur peut découvrir l’étang de saint Bernard ou la clairière des Munières, site où les moines extrayaient le minerai de fer. Le calme de Fontenay n'empêche pas les visites vivantes ! A l'occasion de démonstrations, regardez le marteau de la forge reprendre du service, comme au XIIIème siècle.
À certaines heures de la journée, notamment tôt le matin ou en fin d’après-midi, la lumière transforme littéralement l’abbaye. Les pierres prennent des teintes dorées. Les ombres s’allongent sous les arcades. Le vallon tout entier semble entrer dans une forme de silence sacré. Peu de sites en France procurent une émotion aussi profonde.
Fin de cette route touristique des Abbayes et Granges Cisterciennes.